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Livre : Les Nourritures divines

Essais sur les interdits alimentaires

« Présentation de l’éditeur »

Les récentes crises alimentaires ont ravivé des peurs archaïques que les progrès de l’industrialisation semblaient avoir éradiquées. S’interrogeant sur la réactivation d’un très ancien divorce entre l’homme et ses nourritures, Olivier Assouly propose une réflexion sur le geste alimentaire dont il montre à quel point il demeure solidaire d’un système de valeurs élaboré dans les différentes civilisations par les grandes religions. L’aliment a une valeur spéculative, c’est un miroir dans lequel nous nous réfléchissons. Se nourrir ne relève pas d’une pure fonctionnalité biologique. Avec ou sans connotations religieuses apparentes, nos nourritures sont toujours plus éthérées qu’elles n’y paraissent. Elles produisent de l’abstraction ; même lorsqu’ils n’ont rien de religieux, nos repas sont structurés comme des rituels. Alimentation et nourritures sont donc des mots dont la signification est déjà engagée et orientée au-delà de ce que nous avons pour habitude de croire. Ils traduisent une opération de transmutation, les nourritures ne sont jamais données, elles sont façonnées avant même d’être intégrées dans la diversité des préparations culinaires. Parce que les nourritures sont l’archétype de tout ce qui est hors de l’homme et qu’il doit faire sien, chaque religion, à travers les ouvrages sacrés, a élaboré ses propres tabous alimentaires. Les interdits alimentaires d’origine religieuse concernent de près ou de loin, en fonction du degré d’engagement des fidèles, presque deux milliards de chrétiens, plus d’un milliard de musulmans, huit cents millions d’hindous et près de quatorze millions de juifs. Indépendamment des convictions religieuses de chacun, les pratiques alimentaires sacrées soulèvent des questions plus universelles. La simple possibilité de se nourrir naturellement ne va jamais de soi : on ne se nourrit pas parce qu’on dispose de nourritures, mais parce qu’on a su moralement se disposer à se nourrir. En d’autres termes, il faudrait nourrir l’imaginaire du mangeur avant de passer à table. Et si les religions procurent une assurance d’ordre moral tandis que, de nos jours, la sécurité alimentaire s’efforce de fournir des garanties sanitaires, il faut reconnaître que le pur et l’impur n’affectent pas l’homme exclusivement à l’intérieur d’un univers religieux. Au-delà d’elles-mêmes, les nourritures ont toujours vocation à produire un foisonnement de sens, d’intentions, de présupposés et de valeurs. C’est parce que le sens de l’alimentation est divers, presque inépuisable, ses facettes multiples, que l’apport des religions n’est ni accessoire ni seulement digne de figurer au milieu d’autres vestiges que la modernité aurait dépassés puis déclassés. L’innocuité de nos aliments ne referme pas la question du sens des nourritures, elle ouvre au contraire de nouvelles perspectives pour tous les mangeurs, les religieux, les laïcs comme les athées...

Quatrième de couverture

"LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS"

Se nourrir : la banalité quotidienne de ce geste vient d’être brutalement interrogée par les récentes crises alimentaires qui ont ravivé chez le consommateur des peurs archaïques. L’innocuité des aliments ne saurait cependant suffire à les décréter "bons" à manger. Même si la plupart des pratiques alimentaires de nos contemporains semblent émancipées des législations religieuses, dans toutes les cultures, les repas impliquent de sélectionner des aliments et c’est hors tout motif religieux que les Coréens consomment la chair des chiens et les Français celle des grenouilles... C’est sans doute parce que la nourriture constitue l’archétype de tout ce qui est hors de l’homme et qu’il doit faire sien en l’incorporant que chaque religion a élaboré, à travers ses ouvrages sacrés, une manière "morale" d’avaler des parties du monde. Les prohibitions alimentaires évoquées dans le présent ouvrage concernent, de près ou de loin, presque deux milliards de chrétiens, plus de un milliard de musulmans, huit cents millions d’hindous et près de quatorze millions de juifs. Parce que l’acte de se nourrir, s’il s’effectue au présent ne cesse pour autant de se conjuguer au passé, il convenait d’interroger la rémanence, dans le rapport de nos contemporains à leurs nourritures, d’un héritage religieux dont sont pétries les différentes civilisations afin de relativiser les interprétations hygiénistes, médicales ou diététiques trop souvent privilégiées par les sociétés actuelles dans leur tentative de rationnaliser à l’excès le geste alimentaire.

Né en 1967 à Paris, Olivier Assouly enseigne la philosophie. Dans le cadre de l’Institut français de la mode, il est, avec d’autres chercheurs, cofondateur du FRIC (Forum de recherche sur les imaginaires de consommation).

Portfolio

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